Les quatre canaux de l'Empereur qui combattait avec le métal
L'empereur détestait les billets de banque et exigeait le métal. Cette obsession l'a conduit à puiser des fonds de guerre dans les banques d'un pays ennemi, à siphonner les richesses des territoires conquis et à prendre le contrôle de la banque elle-même. C'était un système financier qui ne fonctionnait que par la victoire continue.

En 1803, la France vendit la Louisiane, en Amérique du Nord, aux États-Unis pour quatre-vingts millions de francs. Cependant, ce que l'empereur désirait n'était pas un titre de créance lointain, mais du métal entre ses mains, sur-le-champ. Les États-Unis n'avaient pas de liquidités, le paiement fut donc effectué en obligations d'État.
C'est là qu'intervinrent la Baring & Co. de Londres et la Hope & Co. d'Amsterdam. Les deux banques achetèrent les obligations et, en 1804, livrèrent 40,35 millions de francs en espèces à la France. Il y a là un paradoxe. La France et la Grande-Bretagne étaient de nouveau en guerre depuis l'année précédente. Pourtant, une banque de la nation ennemie avait fourni les fonds de guerre pour combattre la Grande-Bretagne. Le gouvernement britannique donna son approbation tacite. Une terre qui ne pouvait être défendue fut échangée contre du métal pour combattre.
Papier non imprimé, papier de confiance
L'empereur n'imprima pas de papier-monnaie comme l'assignat. Cependant, ne pas imprimer de papier ne signifiait pas ne pas utiliser le crédit du papier. Cette contradiction apparut lors de la crise entourant le financier Ouvrard.
Il était un géant de l'approvisionnement militaire. En 1804, Ouvrard forma les Négociants réunis avec des directeurs de la Banque de France et avança des liquidités au Trésor. En retour, on lui promit de l'argent qui devait arriver de l'Amérique espagnole. Mais cet argent se trouvait encore sur l'Atlantique, et la flotte britannique contrôlait les mers.
La société émit des billets de complaisance en garantie de l'argent qui n'était pas encore arrivé, et obtint des fonds en les faisant escompter à la Banque de France. Les finances de l'empereur, qui étaient censées avoir banni le papier, en étaient venues à dépendre fortement du papier sous forme de billets privés.
Un système financier alimenté par la victoire
À l'automne 1805, la Banque de France était au bord de l'effondrement. Ses coffres ne contenaient que très peu de numéraire, pas même assez pour couvrir un septième des dépôts dont le remboursement était demandé, et les gens se précipitaient à ses guichets. Ce qui la sauva de cette crise fut une victoire militaire. Le 2 décembre, Austerlitz. Des indemnités furent perçues auprès de la coalition vaincue, et ce métal remplit les caisses de l'État, empêchant la faillite de la banque au dernier moment.
L'année suivante, en 1806, l'empereur réforma la banque. À la place d'un comité d'actionnaires, l'empereur nomma le gouverneur et doubla le capital. On dit qu'il aurait déclaré que la banque n'appartenait pas seulement aux actionnaires, mais aussi à l'État.
Les caisses de l'État étaient également remplies par les prélèvements effectués dans les pays conquis. Une source était les contributions de guerre imposées aux nations vaincues. Une autre était les réquisitions, la saisie de nourriture et de chevaux sur place. On dit que ces prélèvements étaient gérés par une trésorerie connue sous le nom de Domaine extraordinaire. L'empereur aurait eu un contrôle direct sur les contributions des territoires conquis. Cet argent était transformé en récompenses pour les maréchaux et les généraux, un mécanisme pour acheter la loyauté de l'armée.
La prémisse d'une victoire continue
Le quatrième canal était une guerre économique. En 1806, le décret de Berlin interdit l'importation de marchandises britanniques sur le continent européen. Si vous ne pouvez pas gagner sur mer, tuez-les économiquement. Mais c'était une arme à double tranchant. Les exportations britanniques diminuèrent, mais les ports français perdirent également leurs marchés et s'épuisèrent.
Finalement, la Russie, incapable de supporter le blocus, reprit le commerce, ce qui conduisit à l'expédition de 1812. Le produit de la vente de la Louisiane, le contrôle de la banque, le pillage des terres conquises et le Blocus continental étaient tous des canaux fondés sur la prémisse d'une victoire continue. Lorsqu'ils se brisèrent dans les neiges de Russie, le rôle principal dans la finance passa de l'empereur pilleur aux banquiers qui déplaçaient l'argent par le crédit.
Bien que les finances de l'empereur se soient effondrées, l'étalon pour les pièces d'or qu'il établit survécut à son empire. La pièce d'or de 20 francs, communément appelée Napoléon, fut établie par la loi de Germinal de 1803. Son poids en or resta inchangé alors que la forme de gouvernement passait de l'empire à la monarchie, puis à la république.
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