L'écu d'argent du Roi-Soleil et les coffres vides
Un écu d'argent frappé en 1690. Les réformes du contrôleur général des finances étaient censées avoir ramené les finances à l'excédent. Alors pourquoi la France s'est-elle appauvrie ? Nous retraçons le contexte de la création de cette pièce.

L'écu d'argent du Roi de Gloire
Voici une grande pièce d'argent. Il s'agit d'un écu blanc de Louis XIV, réalisé par le graveur Roettiers à l'atelier de Troyes en 1690. D'un poids total d'environ 27 grammes, sa valeur faciale est de 3 livres. Son prototype est considéré comme étant l'écu d'argent de 1641.
Le règne personnel de Louis XIV fut marqué par trois grandes guerres, et l'expansion de l'armée permanente ainsi que la construction de Versailles vidèrent les caisses de l'État. Le contrôleur général des finances, Colbert, réforma la structure des revenus et parvint à dégager un excédent, mais les archives sont formelles : la France continua de s'appauvrir en raison de dépenses de guerre excessives.
Le contrôleur général qui a atteint l'excédent
Colbert, qui soutenait financièrement le règne personnel du Roi-Soleil, a révélé que moins de la moitié des impôts payés par le peuple parvenait au roi. Il a fait destituer son prédécesseur Fouquet, a annulé une partie de la dette publique, a réduit les paiements d'intérêts et a remplacé les impôts directs par des impôts indirects.
Grâce à ses réformes, le déficit s'est transformé en excédent en 1666. Les paiements d'intérêts ont été réduits de moitié, passant de 52 millions de livres à 24 millions de livres. Pour Colbert, la richesse d'une nation résidait dans la quantité d'or et d'argent accumulée à l'intérieur de ses frontières. Il a encouragé les exportations, freiné les importations par des droits de douane et créé des manufactures royales. Pourtant, les archives affirment que la France s'est tout de même appauvrie. Les dépenses de guerre excessives ont provoqué une fuite continue de l'or hors du pays.
L'argent emprunté à l'avenir
En réalité, au moment de l'accession au trône de Louis XIV, les comptes étaient déjà payés sur l'avenir. En 1642, le cardinal de Richelieu décède, et l'année suivante, Louis XIII le suit. Le règne du jeune roi, monté sur le trône à l'âge de quatre ans, commence sous la régence de sa mère, la reine Anne d'Autriche, et du cardinal Mazarin, son principal ministre.
Même avec un nouveau roi, les guerres ne s'arrêtèrent pas, et les dépenses de l'État quintuplèrent entre 1600 et 1650. D'où venait cet argent ? La Couronne se finançait en vendant des charges publiques et en empruntant des liquidités à des financiers appelés « traitants », en utilisant les futurs revenus fiscaux comme garantie.
La tête du cardinal mise à prix
En 1648, ce système déséquilibré s'effondre. La Couronne annonce qu'en échange de la reconnaissance du caractère héréditaire de leurs charges, elle retiendra quatre années de gages aux magistrats des cours souveraines (les Parlements). Les cours s'unissent pour résister, exigeant la suppression des intendants, des réductions d'impôts et le droit de consentir à l'impôt. Acculée, la Couronne cesse ses paiements à ses créanciers, les traitants. C'est une faillite de fait de l'État.
Des barricades de tonneaux et de chaînes sont érigées dans les rues de Paris, et une guerre civile connue sous le nom de Fronde éclate. En janvier 1649, le gouvernement de la régence s'enfuit de Paris avec le jeune roi. Bientôt, le cardinal Mazarin est lui aussi contraint à l'exil. Le 29 décembre 1651, le Parlement de Paris met à prix la tête de Mazarin pour 150 000 livres. Une institution de l'État avait fixé un prix pour la tête de son principal ministre.
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