NOMISMA SCHOLA
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La monnaie d'un souvenir : ne plus jamais croire au papier

Après l'éclatement de la bulle de John Law, la monnaie française est revenue au métal. L'écu de Louis XV fut un symbole de stabilité qui dura environ un demi-siècle, mais pendant ce temps, les finances de la nation se dirigeaient vers la faillite. À une époque de monnayage stable, autre chose rongeait l'État.

2026-09-03 Mitsuru Hayama Lire une pièce

Le métal bâti sur le souvenir d'une bulle

L'écu d'argent dans la paume de la main était un morceau de métal bâti sur le souvenir de ne plus jamais faire confiance au papier. Après que le système de John Law se fut évanoui comme une bulle, la France a détesté le papier-monnaie pendant un siècle. On raconte souvent que même le mot « banque » était évité.

Après le chaos de la Régence, la réforme monétaire de 1726 a ramené le système monétaire au métal. Le louis d'or fut fixé à vingt livres et l'écu d'argent à six livres, leurs poids et valeurs étant fermement établis. Cette stabilité dura environ soixante à soixante-dix ans, jusqu'à la Révolution française. Cependant, la malédiction contre le papier n'avait pas été rompue. Soixante-neuf ans plus tard, lorsque le gouvernement révolutionnaire émit les assignats, le ministre des Affaires étrangères Talleyrand avertit qu'ils connaîtraient le même sort que le système de John Law.

Monnaie stable, commerce en croissance

Sous Louis XV, suite aux réformes du cardinal de Fleury qui dirigeait les finances de la nation, la monnaie est restée largement inchangée pendant environ un demi-siècle. La pratique de l'altération de la monnaie, courante sous le règne de Louis XIV, a également pris fin.

Avec la stabilisation de la monnaie, la croissance de l'économie est devenue évidente dans les chiffres. Le commerce maritime est passé de 80 millions de livres en 1716 à 308 millions de livres en 1748. Malgré cela, à la fin du siècle, la nation était en faillite. La cause n'était pas la dépréciation de la monnaie, mais la dette accumulée par les guerres successives.

Les fermiers généraux qui remplissaient le Trésor

Ce sont les financiers connus sous le nom de fermiers généraux qui remplissaient réellement le Trésor royal, lequel fonctionnait avec de la monnaie métallique. Ils passaient un contrat avec le roi pour des baux de six ans afin de percevoir les impôts indirects, tels que ceux sur le sel et le vin, et versaient une somme forfaitaire à l'avance au Trésor. Leur profit était la différence entre ce montant et les impôts qu'ils percevaient réellement.

Ils étaient à la fois des banquiers qui prêtaient de l'argent à l'État et des fonctionnaires qui percevaient ses impôts. Ce double rôle était la source de leur immense richesse. L'inégalité de l'impôt sur le sel, la *gabelle*, était extrême ; le prix du sel à Paris était environ trente fois supérieur à celui de la Bretagne. Au sommet de ce système se trouvaient quarante fermiers généraux, qui employaient quelque vingt-cinq mille agents de recouvrement.

Le mur qui bloquait l'imposition

Le moyen de rembourser la dette accumulée était l'impôt. Cependant, le système fiscal français était fondamentalement faussé. Le tiers état, qui représentait quatre-vingt-dix-huit pour cent de la population, payait la plupart des impôts, tandis que le clergé et la noblesse étaient exemptés des principaux impôts directs.

En mai 1749, le contrôleur général des finances Machault d'Arnouville tenta de corriger cette distorsion. Pour rembourser les dettes de guerre, il chercha à imposer un impôt d'un vingtième du revenu net, l'étendant pour la première fois au clergé et à la noblesse. Cependant, le Parlement de Paris rejeta la mesure, et les provinces de Bretagne et du Languedoc refusèrent de s'y conformer. L'année suivante, le roi retira l'impôt sur le clergé. Chaque tentative de taxer les ordres privilégiés fut écrasée par leur résistance.

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